guepe

Ce marsi soir 16 octobre, notre éminent prof de « Sciences et Vie de la Terre », j’ai nommé Daniel Guillouzouic, nous a prodigué une merveilleuse leçon de chose. Ne sachant s’il aurait l’envie ou le temps de la communiquer à tous, je me propose de le faire. Et cela en toute objectivité et dans le respect le plus total de la Vérité Scientifique. Voici donc :

« La petite guêpe noire face à son destin » ou « Pourquoi pouvons-nous manger des figues ?»

Il était une fois une petite guêpe noire, toute mignonne et toute fragile. Voletant dans un verger en quête d’un lieu adéquat pour déposer ses œufs, elle aperçoit un figuier couvert de petites figues un peu maigrichonnes. Cependant, elle se sent attirée par lui de manière irrépressible, comme si sa vie en dépendait. Elle ne croyait pas si bien dire…

Adonc, vibrionnant, elle pénètre dans le trou minuscule d’une figue que sa vue perçante lui permet de distinguer. Las ! Le tunnel qui mène au cœur de la fleur est si étroit et si rugueux qu’elle s’en râpe les ailes, lesquelles finissent par se détacher de son petit corps malingre dans des souffrances épouvantables. Mais n’écoutant que son instinct maternel, la courageuse petite guêpe progresse douloureusement dans le piège et, exsangue, à bout de souffle, lâche ses œufs dans le petit berceau au cœur de la figue.

  • Mission accomplie, se dit-elle dans un dernier râle.

 

 

Et elle meurt, victime de son destin de petite guêpe noire. Heureusement parce que la suite est encore plus affreuse. La voici :

 

Un mâle désœuvré qui passait par là voit le petit trou dans cette même figue et flairant une affaire juteuse s’y introduit sans difficulté étant donné que la femelle avait fait tout le boulot pour agrandir le tunnel. Il tombe sur les œufs translucides dans lesquels s’agitent les petits embryons déjà pleins d’espérance de vie. Le mâle immature et pédophile de surcroît, les féconde sans demander la permission à qui que ce soit. Et voilà bientôt de nouvelles petites guêpes noires prêtes à repartir vaillamment vers de nouvelles figues sans se douter un instant du sort funeste qui les attend.

 

 

Là j’avoue que distraite par ma voisine (MM) j’ai perdu le fil de l’explication et je n’ai pas très bien compris comment ces petites orphelines de naissance sortaient de ce guêpier pour foncer dare-dare sur un nouveau figuier et recommencer la même aventure. Comme quoi l’expérience des parents ne sert pas à grand-chose. Cependant, cette fois, la courageuse petite bestiole a accroché du pollen sur ses petites ailes délicates et avant de mourir l’a déposé au cœur de la figue qui, merveille, s’est trouvée fécondée et s’est épanouie dans ce faux fruit sucré dont vous raffolez.

 

Lorsque que vous en mangerez, n’oubliez pas que vous devez ce plaisir au sacrifice des petites guêpes noires, victimes de leur devoir, dont vous croquez les cadavres en même temps que le fruit.

 

Marguerite R. docteur ès-conversations d’un soir d’après gravure.